Accueil arrow Chevaliers de Venise arrow Chapitre 2 : Premiers pas, premiers sourires TELECHARGER LE NOUVEL EP, Take your spoon and run...
licence CC by-nc-sa
 
10 JUIN 2010 w/ WATINE & SVENSSON : Espace B @ PARIS : 5€
20 JUIN 2010 Festival des Arts Libre, Mairie du 2° à PARIS : Entrée libre
....
Accueil
Présentation
Musique
Live || Numeric Show!
Vidéos
Boutique.....
- - - - - - -
Le bloug
Photoshimsages
Texticules
- - - - - - -
Liens
Contacts
Pro - Presse
Suivre Lonah


===============
Pom pom pom,

vous pouvez donc juste en dessous remplir votre email afin de suivre l'actualité lonhesque, nouveaux morceaux, concerts, etc.

Nous utiliserons ces mails sagement et ils resteront enfermés dans un gros coffre fort, pas d'inquiétude.






 
 
Chapitre 2 : Premiers pas, premiers sourires

Ch. 2 :: Premiers pas, et premiers sourires

‘La légion est l’ordre établi du monde

Elle est la seule vraie beauté,

Elle est le compte de Dieu,

La nature même de ce qui est et ce qui n’est pas’

 

En-tête d’un rapport de la légion, rédigé par le vingt-troisième.

 

 

Centre de décision  de la légion

 

Le centre de décision de la légion était une salle circulaire d’environ cinquante mètres de diamètre, entourée d’un mur noir et lisse qui se finissait à une dizaine de mètres de hauteur en formant une demi sphère parfaite. Sur le sol, d’un blanc immaculé, des lignes noires et fines partaient des parois pour s’achever sur des disques d’ombre au dessus desquels flottaient des visages blancs et inexpressifs. Ces lignes se déplaçaient à la suite des visages en une danse synchronisée et formaient ainsi divers motifs géométriques dont le sens échappait fondamentalement à la larve qui se tenait à l’écart, dans l’embrasure d’une des portes qui menait à cette pièce.

A chaque mouvement des visages, des voix métalliques se faisaient entendre qui rebondissaient contre les murs et emplissaient la salle. Les voix semblaient naître de nulle part et prononçaient chacune, à chaque mouvement, un nombre différent. Au fur et à mesure des déplacements, les voix semblaient pourtant peu à peu s’accorder sur un nombre précis et les mouvements des lignes noires qui reliaient les visages devenaient ainsi de plus en plus lents.

Au bout d’un temps, un seul nombre était prononcé en cœur par les voix.

Dix-sept.

Pour la larve qui se tenait à l’écart du processus de décision, l’attente n’avait aucune importance. Elle n’avait pas même de réelle conscience du temps qui passait, elle savait qu’un ordre viendrait quand il serait temps et qu’elle exécuterait celui-ci. Elle avait une forme vaguement humanoïde, le corps entièrement noir. Ses deux bras tombaient jusqu’à ses genoux et semblaient finis par des pinces grossières. Son visage était blanc et totalement exempt de lignes ou de ride particulières. Ses deux yeux ronds, noirs et brillants, mangeaient la moitié de son visage et surplombaient les deux fentes nettes de ses narines.

Le silence qui s’était installé dans le centre de décision fut interrompu par l’une des voix, qui semblait appartenir à l’un des visages les plus au centre de la mosaïque : « Troisième processus de décision donne dix-sept, identiquement aux deux premiers processus. Un autre équilibre doit il être recherché ? »

Seule une infime partie des visages présents s’éloignèrent vers les murs de la salle, rompant ainsi l’harmonie du motif qu’ils avaient constitué. Un silence s’établit, puis, la voix reprit : « Il n’y aura pas de nouvelle recherche d’équilibre, celui-ci étant avéré. Certaines craintes sont compréhensibles de par la nature instable de dix-sept, mais celui-ci est le plus adapté à l’incident. Qui plus est, dix-sept sera sensible à cette libération, et il est possible qu’il ait appris de ses dernières erreurs.»

La larve se dressa en un pantomime proche du garde-à-vous. Sans le moindre mot, les ordres étaient venus. Elle disposa en un instant de l’ensemble des détails nécessaires. Elle partit rapidement, traversa deux couloirs parfaitement rectilignes et pénétra l’un des labyrinthes que cachaient ces lieux. Sans la moindre hésitation, elle se traça un chemin entre les murs sombres et arriva jusqu’à une petite salle éclairée dans laquelle étaient rangés selon un ordre curieux de minuscules sphères argentées. Elle en saisit une avec délicatesse, et l’emporta avec elle.

 

Cave de Jamel, Venise

 

Jamel s’était réfugié dans une cave qui lui avait déjà servi de refuge le long des cinq dernières années. Il s’agissait de deux pièces abandonnées au sous-sol d’un immeuble, dans lesquelles il s’était établi un lit de fortune et avait laissé quelques réserves. Il était venu ici sans réfléchir juste après avoir laissé le médecin et était resté assis là, immobile, à mâcher sans conviction un reste de gâteaux secs.

Il était venu ici par reflexe, afin de pouvoir tranquillement repenser aux évènements de cette nuit. Prendre le temps de se détendre et de réfléchir.

Mais réfléchir à quoi ?

Avec le recul, Jamel en était réduit à se demander s’il n’avait pas juste rêvé cette nuit. Les quelques billets de banque qu’il avait conservé semblaient pourtant prétendre le contraire. Il se souvenait ainsi avec précision du moment où le bijoutier avait transpercé la porte et avait inséré le canon de son fusil à travers le trou afin de l’abattre à bout portant. Mais ses souvenirs s’arrêtaient sur le rire un peu nerveux de son agresseur au moment de tirer. L’instant d’après, Jamel se trouvait dehors, sous la pluie, à s’enfuir à toutes jambes.

Les heures passées dans la cave lui avaient permis de se convaincre de ce qu’il avait réellement vécu ces évènements. Il était temps de comprendre.

Jamel se leva d’un coup et regarda le mur qui séparait les deux pièces de la cave. Après tout, personne ne le verrait se ridiculiser. Personne ne rirait de lui. Il était seul.

Il s’approcha donc du mur et tenta de pousser celui-ci. Rien ne se passa. Déterminé, il prit un peu d’élan et se jeta brûtalement contre le mur, créant à cette occasion un fort joli bruit mat lorsque son crâne rencontra la pierre. Echec, encore. Pourtant, c’était là, tout au fond.

Changeant de stratégie, il s’approcha de la paroi et ferma les yeux. Il essaya de se concentrer sur ce qu’il avait ressenti cette nuit, imagina les bruits sourds d’une crosse de fusil contre la porte. Il devait s’enfuir. Passer de l’autre côté. Il s’appuyait de plus en plus contre le mur…

Il se sentit tomber dans le vide et son crâne rencontra le sol. De l’autre côté. Il avait réussi. Il n’avait donc pas rêvé cette nuit là. Pourtant, en se relevant, il sentit que quelque chose clochait. Il n’avait pas juste traversé le mur. Il s’était passé autre chose, quelque chose de foncièrement différent. Ne comprenant pas ce qui le dérangeait tant, il contourna le mur et repassa dans la première pièce.

Quelqu’un se tenait debout à quelques pas de lui contre le mur. Il n’était pas seul. Il distinguait bien peu de choses dans l’obscurité, mais vit assez vite qu’il s’agissait de quelqu’un de petite taille qui ne semblait pas faire attention à lui, visiblement occupé à s’appuyer contre le mur comme pour faire tomber celui-ci. Jamel s’approcha d’un pas tremblant. Il reconnût son visage. Et il était fou. Il était juste fou.

Il posa la main sur l’épaule de la personne qui se redressa doucement et se teint immobile. Fou à lier. La personne qui se tenait droite et immobile devant lui était lui-même, un autre Jamel, totalement indifférent à sa présence.

Au bout de quelques minutes de silence, Jamel prit le parti de s’évanouir en repoussant ainsi à plus tard les trop nombreuses questions qui oppressaient sa délicate cervelle.

 

Centre relatif  de la légion

 

La larve déposa la petite boule argentée au centre du motif que formaient les visages immobiles, puis recula brusquement devant les premières étincelles.

A l’instant précis où la sphère avait touché le sol, une réaction s’était déclenchée. La petite boule devint dans un premier temps extrêmement lumineuse, émettant un son aigu de plus en plus strident. Des lignes lumineuses naquirent et se déployèrent autour de celle-ci, se découpant en des formes géométriques simples. L’agencement de ces formes commença à tracer l’esquisse d’une silhouette sombre dont les détails se formèrent au fur et à mesure. Au bout d’un temps, la lumière faiblit, mourut, et se tenait au centre de la salle un homme habillé entièrement de noir, costume, chaussures, gants et chapeau. Celui-ci mesurait au bas mot deux mètres de haut et semblait assez maigre. La seule partie de son corps visible était son crâne, entièrement dépourvu de chair et particulièrement luisant. Les mains fouillèrent nerveusement dans les poches de la veste et en sortirent un cigare qui finit allumé en équilibre sur la mâchoire du crâne. La fumée sortit anarchiquement des orbites vides à la première bouffée.

Un quart de cigare plus tard, la silhouette se redressa et contempla les visages immobiles autour d’elle. Une autre bouffée, puis, une sorte de sourire…

« J’pensais sûrement pas qu’vous auriez besoin d’ma pomme avant un bout de temps, vu les conneries que j’vous ai collectionnées la dernière fois. Mais j’suis touché qu’vous ayez pensé à vot’ vieux serviteur le dix-septième pour vous servir. » Tout en lâchant un rire sec, il se pencha, saisit d’une main gantée son chapeau et offrit une révérence aux visages qui avaient lentement commencé à tourner autour de lui.

Une voix appartenant à l’un des visages au centre de la pièce lui répondit mécaniquement : « Bienvenue dix-sept. Vous êtes ici pour prendre en charge une anomalie particulière qui est parvenue jusqu’au conseil des sages la nuit dernière.

- Un travail de routine ? ». Le squelette astiqua d’un air las les bras de sa veste. « Vous m’avez réveillé pour un simple boulot d’ vérification ?

- L’anomalie en question a été considérée par le conseil comme étant une modification fondamentale des équilibres. A ce titre…

- Il ne s’agit pas d’un boulot d’ comptable, ouais. Fondamentale, vous dîtes ? Vous savez qui a causé ça, ou ça fait partie des choses que j’ dois commencer par fouiner ?

- Il a été décidé de ce qu’aucune des forces connues n’était la source de cette anomalie. »

A ces mots, le dix-septième se redressa brusquement, manquant perdre le cigare qui était déjà consumé de moitié. Il resta un temps en suspens, l’air songeur, et reprit d’une voix lente : « D’vous à moi, des anomalies fondamentales non définissables, ça veut dire qu’une chose…

- Il s’agit en effet d’une possibilité importante, même s’il est établi qu’il ne peut s’agir d’une foi. Mais quoi qu’il en soit, nous devons impérativement récupérer ce qui est né du vide.

- Tu m’étonnes… » Reprenant une bouffée du cigare dont les cendres tombèrent à ses pieds : « Une occasion comme celle là, ça veut dire que nos copines n’doivent pas être loin.

- Nous n’avons pour l’instant remarqué aucune activité de la part des sœurs.

- C’qui veut dire que nous avons l’initiative. Hey ! » Le dix-septième forma une sorte de rictus de ses mâchoires : « Ca me ferait bien plaisir d’ jouer un peu avec ces connasses. Ca se passe où ?

- Il s’agit d’une Venise. Très exactement celle de votre dernière intervention. Vous aviez eu à l’époque de bons contacts avec les chevaliers de cette ville…

- Mouais… Pas souvenir d’y avoir laissé que des copains.

- Le conseil a décidé. Vous partez dès maintenant avec une source de larves. Vous avez toute l’attitude pour coloniser la ville. Quelle que soit l’anomalie mise en jeu, récupérez celle-ci selon notre loi.

- A vos ordres. » Le dix-septième finit son cigare d’un air songeur, puis, sans même un regard pour les visages qui gravitaient lentement autour de lui, prit l’une des portes qui sortaient du centre de décision et disparut dans le noir.

 

Cave de Jamel, Venise

 

« Pourquoi ?»

La question partit se promener dans la cave humide et se perdit rapidement. Depuis les deux dernières heures, Jamel avait eu le temps de reproduire plusieurs fois le phénomène sans toutefois y comprendre quoi que ce soit, et se trouvait à cet instant entouré de quatre autres exemplaires de lui-même, tous parfaitement immobiles. Il arrivait à passer de l’un à l’autre sans aucun problème, et parfois même à les faire se déplacer indépendamment, sans toutefois qu’il ne puisse à un seul moment mettre des mots sur ce qui lui arrivait.

C’était la réalité. La vraie réalité. Pas celle qu’il avait déjà connu en consommant une drogue ou une autre. Il le reconnaissait facilement à un argument imparable, la réalité avec la drogue lui donnait envie de vomir, ce qui n’était ici pas le cas.

« Pourquoi ?»

Pourquoi, pas comment. Car Jamel voyait cette nouvelle capacité comme une malédiction, une de plus dans sa vie. Les gens le détesteraient encore plus. Ils le poursuivraient. Ils poursuivraient même tous les Jamels, les salauds. Il fallait se cacher encore plus qu’avant. Rester dans les recoins. Dans les ombres. Se méfier de tout le monde. Sauf que…

« Pourquoi ?»

Sauf que grâce à cela, il avait réussi à s’échapper du bijoutier. Et il avait pu sauver Anna. Ce n’était pas rien, que d’avoir sauvé la vieille femme, c’était même probablement la meilleure chose qu’il avait fait de sa vie. De plus, il faudrait de l’argent, très vite, pour cette ordure de médecin qui avait la vie de la vieille femme entre ses mains.

Un sourire.

Jamel songea le temps d’un gâteau sec à utiliser son pouvoir pour changer le regard des gens. Il pourrait devenir célèbre, sans doute. Ou apparaître dans un cirque, ou même au cinéma à Hollywood !

La pensée mourût à la fin du gâteau. A quoi lui servait le regard des gens ? A quoi aurait pu lui servir l’admiration de ceux qui avaient passé leurs vies à le pourchasser et le torturer ?

Par contre, les choses avaient changé. Il n’était plus sans ressource. Il était différent. Et il avait besoin d’argent pour aider Anna, pour qu’elle regagne comme avant son appartement et qu’il puisse à nouveau venir passer des soirées chez elle à discuter et oublier la pourriture.

Il sourit. 

Un sourire de gosse, un sourire effronté. Le sourire du môme qui sait ses parents sortis pour la nuit. Il rit doucement, même. Il faudrait faire attention. Très attention. Mais il n’allait pas voler des pauvres gens pour aider la vieille femme. Non. Pas lui, justement. Il allait protéger la seule personne qui comptait pour lui, tout en s’amusant au dépens des riches. Des gros riches, gras riches, ceux qui mangeaient quand ils le voulaient de succulentes choses en regardant les Jamels mourir par terre à leurs fenêtres.

Les quatre silhouettes éclatèrent d’un même rire à l’unisson, un rire qui fit enfler la cave jusqu’à la faire doubler de volume.

 
< Précédent   Suivant >
 
Advertisement
© 2010 Lonah website
Joomla! est un logiciel libre distribué sous licence GNU/GPL.