Accueil arrow Chevaliers de Venise arrow Chapitre 6 : Miroirs aveugles TELECHARGER LE NOUVEL EP, Take your spoon and run...
licence CC by-nc-sa
 
10 JUIN 2010 w/ WATINE & SVENSSON : Espace B @ PARIS : 5€
20 JUIN 2010 Festival des Arts Libre, Mairie du 2° à PARIS : Entrée libre
....
Accueil
Présentation
Musique
Live || Numeric Show!
Vidéos
Boutique.....
- - - - - - -
Le bloug
Photoshimsages
Texticules
- - - - - - -
Liens
Contacts
Pro - Presse
Suivre Lonah


===============
Pom pom pom,

vous pouvez donc juste en dessous remplir votre email afin de suivre l'actualité lonhesque, nouveaux morceaux, concerts, etc.

Nous utiliserons ces mails sagement et ils resteront enfermés dans un gros coffre fort, pas d'inquiétude.






 
 
Chapitre 6 : Miroirs aveugles

Ch 6 :: Miroirs aveugles.

‘Nous les laisserons tisser mille toiles en fanfares,

Et garderons le silence.

Nous les verrons monter des armées gigantesques

Et jouerons de nos ombres.

L’ennemi est un enfant qui ne croie qu’en ce qui brille.

Qu’il se brûle les mains,

Et nos lèvres goûterons ses larmes.’

 

Extrait du livre de chant des Sœurs

 

 

« Ils vont voir ce coup ci. Ils vont voir qu’ils n’en croiront même pas leurs propres yeux, ces fumiers.»

Jamel se leva de nouveau sous le coup d’une excitation qui ne l’avait pas quitté depuis les deux derniers jours, et s’offrit même le luxe d’une légère pirouette, embrassant du regard sa tanière sur ce pas de danse.

L’ameublement de sa cave avait connu quelques transformations, du fait de nombreux ‘emprunts’ dans les demeures les plus bourgeoises de la ville. Un  lustre de cristal recouvert de vernis rouge traînait à moitié brisé dans un coin, à deux pas d’un tapis de soie roulé à la va vite. Des tableaux avaient été accrochés irrégulièrement aux murs, formant une exposition hétéroclite où un chef d’œuvre de la renaissance côtoyait une vieille affiche publicitaire du début du siècle, ou encore un paysage baroque de valeur sous la photographie encadrée de la femme d’un obscur haut fonctionnaire de la ville. Deux petites sculptures de marbre blanc, anciennes possessions d’un musée de la ville qui connut lui aussi la visite de Jamel, servaient de repose oreiller sur le matelas de fortune qui lui n’avait pas été changé.

Le petit voleur changea de pièce et alla ouvrir une malle remplie de liqueurs et de vieux vins. Il les considéra un à un avec méfiance avant de se décider pour un vieux bourbon, dont il remplit un gobelet de plastique bleu pour en siroter quelques gorgées. Il se tourna ensuite vers un coffret de bois ciselé qui traînait dans la poussière et abritait divers bijoux précieux. Les toisant l’un après l’autre gravement il finit par se décider pour un gigantesque collier de perle qu’il s’enroula autour de la taille avec une profonde satisfaction.

« Je suis sûr qu’ils commencent à avoir peur, maintenant. Et ils ont raison ! Jamel n’a rien oublié, il a tenu tous les comptes et va les recompter avec eux, sans en oublier aucun ! » Sa voix était fiévreuse, enrouée par l’alcool. Elle prenait par moment des accents rageurs : « Ils peuvent trembler, ça ! Hé, je les imagine bien, moi… »

Un autre Jamel apparut à côte du premier, qui se mit aussitôt à genoux et, prenant une voix aussi aigue que possible : « Je vous en prie, monsieur, épargnez nous, mon gros mari et moi.»

Et le premier Jamel, d’un ton triomphant : « Non ! Vous êtes une riche, madame, et tous les riches sont mes ennemis.

- Par pitié ! Nous sommes désolé pour tout le mal que nous vous avons fait !

- Il est trop tard, madame ! Il ne fallait pas être méchante, voilà, vous avez ce que vous méritez ! » . Il leva le bras d’un air menaçant alors que son double mimait des cris au secours de plus en plus grotesques, avant que les deux n’éclatent du même rire de môme qui les fit se tordre de joie.

Son double s’évanouissant peu à peu, Jamel se releva et sortit d’une caisse en métal un plan de la ville. Il était recouvert de dessins exécutés au crayon rouge, figurant ici un cheval difforme poursuivi par des bonhommes, là quelques nuages autour d’un soleil jaune et souriant. « C’est du beau travail… » se félicita-t-il, les joues encore rouges. « Ils s’attendent pas à ça, les salauds. ». Son doigt passa au dessus d’autres gribouillages et s’arrêta net, pointant une des plus grosses banques de la ville. Un sourire effronté lui défigura le visage alors qu’un nouveau Jamel, venant tout juste d’apparaître, partait lui chercher un autre verre de bourbon pour fêter l’évènement à venir.

 

 

Bureau de feu commissaire Moutarde

 

Le dix-septième était resté silencieux dans son bureau depuis une vingtaine d’heures, parfaitement immobile à l’exception de la fumée de son cigare qui s’amassait en une masse compacte sous les bords de son chapeau, assis sur une chaise en équilibre, les jambes en travers du bureau en bois, à fixer un plan de la ville cloué au mur et marqué de points rouges pour chacun des larcins de Jamel.

« Je sais qu’cette enflure nous mijote un truc…»

Il étira doucement ses jambes et en fitt soigneusement craquer les articulations avant de se lever et de s’approcher de la carte : « Mais quoi ? Il se marrait bien, à visiter les bourges de la ville, et on était resté dans not’ coin à l’surveiller peinards, nous a pas repéré, quand même… nan… Et je sais qu’il n’est pas r’passé dire bonjour aux chevaliers, donc… Y nous mijote une saleté.»

De l’autre côté de la porte résonnait l’activité ininterrompue des agents de police, qui repassaient dans le bâtiment à heures fixes donner leur rapport d’un œil vide, pour repartir ensuite reprendre leurs rondes. Les rapports étaient collectés par un petit ensemble d’officiers qui avaient pour charge de les trier et de les comparer avant d’en faire parvenir les éléments intéressants au dix-septième.

« D’un aut’ côté, pas la moindre trace d’une catin à l’horizon. Toujours ça de pris. »

Toujours songeur, le squelette en costume noir s’adossa à un mur et se gratta négligemment l’intérieur de son orbite gauche sans cesser de regarder le plan collé au mur. Ca n’allait pas. Il n’arrivait pas à trouver de logique particulière dans les agissements de Jamel. Les lieux de larcins étaient disséminés sans ordre dans la ville, et rien n’avait permis de prévoir qu’il s’arrêterait soudainement sans avoir été inquiété.

Un très léger craquement parvint du parquet. Le dix-septième tourna le crâne avec nonchalance et distingua un cafard noir et brillant qui s’avançait vers lui.

« Enfin ! Pas trop tôt.»

Il dévoilant son crâne blanc et lisse en enlevant son chapeau, et mis celui-ci à hauteur du sol pour que l’insecte  puisse grimper dessus.

« T’as pas idée comme j’suis content d’te voir là, ma chérie. J’sais bien qu’j’aurais du t’emporter direct avec moi mais j’pouvais pas deviner. Ecoute, l’centre de décision s’est noyé dans la purée sur c’coup là. Une anomalie fondamentale ? Tu parles d’une anomalie cocotte, c’est l’jackpot, là. Aller, essaye de deviner pour voir… »

L’insecte qui avait été soulevé jusqu’à hauteur du crâne du dix-septième bougea frénétiquement ses antennes, laissant les mâchoires de son maître se déformer en un sourire moqueur : « Perdu, cocotte. »

Les antennes se croisèrent frénétiquement à plusieurs reprises.

 « Non plus, mais tu chauffes… »

Le cafard se lança dans une chorégraphie énergique qui fit éclater de rire le squelette :

« Gagné ! Tu imagines maint’nant pourquoi je t’ai appelé fissa ? J’ai bien un paquet de larves avec moi, mais ça va pas suffire, tu penses. La cible se planque dans la ville, impossible de mettre la main dessus. Tes copines et toi allez m’quadriller tout ça comme vous savez si bien l’faire.»

Le dix-septième commença à caresser doucement la carapace de l’insecte en prenant une voix douce : « Tu vas faire ça pour papa, mmmm ? On a beaucoup à gagner sur c’coup là et je compte sur vous, les filles… Si on ramène une foi aux autres crétins, y’aura des honneurs à s’partager… Des honneurs et d’la liberté…»

L’insecte s’était lové contre le bord du chapeau sous les caresses, remuant ses antennes avec douceur.

 

 

Grenier d’une église dans le centre de la ville

 

« Mon dieu comme il me répugne.» 

La novice conclut sa tirade par une moue de dégoût tout en s’affalant un peu plus dans le large canapé de cuir rouge qu’elle partageait avec une autre de ses camarades. En face d’elles, un large miroir ovale sur lequel apparaissait l’image du dix-septième au sein de son bureau, encore occupé à caresser l’insecte qui lui avait rendu visite.

La novice qui venait de prendre la parole était vêtue d’une robe blanche à la limite de la transparence qui contrastait fortement avec sa peau noire ébène. Son visage était très fin, dénué d’imperfection et composé de pommettes saillantes qui soulignaient deux yeux vert émeraude habités de lueurs inquiétantes. Elle laissa un léger rire s’envoler qui parut réveiller sa voisine : « Et quoi ? Moi aussi il me dégoûte. Il n’est même pas humain. Mais nous n’avons pas le droit de partir d’ici tant que Rebecca le surveille, elle a été claire sur ce point. »

La novice qui venait de répondre portait une robe similaire en tout point à celle de sa sœur dont la coupe flattait parfaitement ses formes et qui, de par sa blancheur, se distinguait difficilement de sa peau nue aux reflets nacrés. Ses cheveux blonds tombaient harmonieusement en une danse perpétuelle à hauteur de ses seins. Toutes deux restaient hypnotisées par le spectacle que leur offrait le miroir, leur dévoilant par une image trouble le moindre geste de leur pire ennemi.

Le canapé dans lequel elles étaient allongées faisait partie des très rares meubles visibles dans le vaste grenier rectangulaire, situé en haut d’une des premières églises de la ville. L’endroit n’était éclairé que par de minces filets de soleil qui naissaient des fentes du toit et jouaient avec la poussière amassée à même le sol. Les mouvements de lumière se déplaçaient en une valse irrégulière, parfois tranchante, parfois ralentie au point de la croire immobiles.

Les murs en plâtre jauni du grenier s’ornaient d’un grand nombre de miroirs identiques à celui qu’observaient les novices. Tous étaient couverts d’une couche de poussière qui empêchait d’y distinguer la moindre image, comme s’ils étaient restés abandonnés là quelques dizaines d’années. On pouvait enfin distinguer une petite table dans un des coins du grenier sur laquelle traînait un assortiment de pièces mécaniques.

« Elle revient !»

La première novice s’était levée sur ces mots et s’était approchée du miroir qui leur faisait face. L’image était en effet en train de changer, parcourue de tremblements et de torsions qui s’accélérèrent doucement jusqu’à former une nuée grise qui s’échappa de la surface de verre et flotta un temps devant le miroir, alors que les novices s’étaient toutes deux levées et mises à genoux, la tête baissée. La fumée se tordit encore, s’épaissit et se moula suivant une forme féminine. Quelques instants plus tard, Rebecca se tenait debout devant ses novices, les yeux clos.

« Dix heures à supporter la présence de ce monstre. Sainte horreur, lui et ses insectes. A aucun moment, il n’a soupçonné que je pouvais être là, et j’ai appris beaucoup, beaucoup de choses. L’ennemi a été très fin en renvoyant le dix-septième à Venise. Il ne se doute de rien pour l’instant, mais nous n’aurons bientôt plus le loisir de rester cachées. »

Derrière elle, le miroir qui auparavant laissait apercevoir le bureau du dix-septième s’était recouvert de la même poussière que les autres, lui donnant une teinte grisâtre qui avalait la lumière sans jamais la refléter. Rebecca baissa les yeux sur ses novices qui étaient restées immobiles et leur ordonna d’une voix sèche : « Coiffure. Robe.»

Les deux jeunes femmes baissèrent la tête vivement en signe d’obéissance. Celle à la peau noire s’empressa d’aller chercher une brosse en argent accrochée au mur pendant que sa camarade, les yeux toujours braqués vers le sol, déshabillait la sœur avec mille précautions. Alors qu’elle se laissait vêtir d’une chemise en soie et que la première novice commençait à lui lisser les cheveux, Rebecca demanda d’une voix absente : « Pas de nouvelle de notre amie ?

- Pas encore, Sœur Rebecca. Elle avait prévenue qu’elle aurait besoin de temps.

- Le temps…» La sœur avait prononcé cela d’une voix lointaine. « Nous n’aurons pas loisir de le soumettre, celui là. Tout doit être prêt avant que les tambours ne sonnent…»

Elle sembla se réveiller et percevoir enfin la novice qui finissait d’arranger ses vêtements. Elle saisit un faisceau de ses cheveux blonds dans une main et, d’une voix douce : « Il est encore tôt, mais dis moi : quel prénom te ferait plaisir ?»

La novice recula et baissa la tête en rougissant légèrement : « Je n’y ai pas encore réfléchi, ma sœur. Et je suppose que cette grâce ne me sera offerte que si nous revenons victorieuses…

- Tu en doutes ?»

La jeune femme se figea sans oser lever les yeux. Rebecca s’approcha d’elle, posa un doigt sur ses lèvres et l’embrassa avec tendresse. Des larmes blanches parcoururent les joues de la novice dont le corps, parcouru de tremblements, semblait peu à peu se rigidifier jusqu’à devenir parfaitement immobile. Au bout d’une éternité, alors que la seconde novice ne pouvait détacher ses yeux révulsés de la scène, Rebecca relâcha d’une caresse le visage de son esclave qui s’écroula à terre. La paralysie qui avait atteint son corps se brisa sous des sanglots violents bien qu’étouffés. Tout en tournant le dos à la novice et se rapprochant d’un des miroirs aveugles du grenier, Rebecca lâcha d’une voix glacée : « Tu n’as pas le droit de douter, ma jolie. Pas avec moi. Si je te demande de combattre, tu combats. Si je te demande de te jeter dans un feu, tu y sautes les yeux fermés. Si je te demande de mourir, ma belle, tu meurs sans une parole de trop. Et si je te dis que nous allons gagner…» Et elle s’offrit un sourire entaché de perversité en disant cela : «  C’est que nous avons déjà gagné.

- Oui, Sœur Rebecca. »

La novice s’était relevée, aidée par sa camarade. Ses yeux étaient recouverts d’une substance blanchâtre qui lui voilait les pupilles et d’où naissaient les larmes blanches qui baignaient son visage. Elle retint une grimace de douleur et, baissant à nouveau la tête : « Pardon pour mon arrogance, Sœur.»

Rebecca se retourna. Son  humeur semblait s’être instantanément modifiée, un sourire joyeux sur les lèvres : « J’étais beaucoup plus insolente que toi, à l’époque. Et j’ai connu de bien pires souffrances.» Elle survola des doigts les yeux de sa victime et les couches blanches qui lui couvraient les yeux se vidèrent, la libérant de la douleur. « Mais je ne peux pas me permettre de vous laisser douter. Pas vous. Vous êtes mes filles adorées, je vous protègerai quoi qu’il arrive et vous me devez une confiance… aveugle. » Elle s’offrit un sourire taquin. « Si vous agissez selon ma volonté, vous aurez toutes trois un nom à notre retour. Et je serai honorée de vous appeler mes sœurs.»

Une lumière chaleureuse naquit à hauteur d’un autre miroir situé au loin. « Enfin !». Rebecca s’approcha du mur alors que la silhouette de la troisième novice apparaissait au devant, semblant se débattre dans le vide avec difficulté. Son visage trahissait une immense fatigue et son corps noir était parcouru de spasmes violents. Rebecca la laissa se calmer, passant sa main dans les boucles cuivrées de sa novice qui reprenait avec peine sa respiration. Derrière elle, le miroir brillait toujours et laissait apparaître Jamel au fond de sa cave, entouré de deux de ses doubles qui trinquaient avec lui.

Alors que la novice recherchait encore son souffle, Rebecca demanda aux deux autres d’emmener leur camarade vers le canapé rouge. Les yeux de la sœur brillaient d’excitation : « Tu as été très longue, ma fille. 

- C’était indispensable, Sœur Rebecca. » Les mots sortaient encore avec difficulté. « L’homme que nous chassons est habité par plusieurs démons qui dansent à tour de rôle. Certains ne se sont réveillés que ces derniers jours, je devais absolument pouvoir les observer pour achever ma tâche. Et le temps presse ! » Elle s’était relevée sur ces derniers mots et s’était dirigée vers la petite table en bois dans un coin du grenier. Elle s’y installa malgré sa faiblesse et sortit d’une petite bourse de cuir quelques mèches de cheveux qu’elle étala sur le bois. « Il prépare quelque chose. De là où j’étais, je n’ai pas pu comprendre ce qu’il avait prévu, mais c’est quelque chose d’important pour lui.

- Alors fais ce que tu as à faire, ma fille.» Rebecca caressa du regard la novice à la peau sombre qui avait saisit une petite horloge en métal et s’afférait avec milles précautions à modifier celle-ci, soupesant des rouages mécaniques, y collant quelques uns des cheveux ramenés et les ré introduisant dans la machinerie de l’horloge. « Voila…» Les doigts de la jeune femme paraissaient coudre à même la machine. « Enfin !»

Toutes les femmes s’approchèrent pour contempler l’horloge métallique dont les aiguilles parcouraient le cadran d’une vitesse inégale. Elles commencèrent par accélérer jusqu’à disparaître pour  soudainement ralentir à l’extrême et osciller autour d’une valeur précise.

« Tu as fait un excellent travail, ma fille. Nous disposons maintenant du temps de notre proie, un atout précieux, très précieux sur nos ennemis. Et nous allons devoir suivre la cadence d’une danse plus rapide, maintenant, nous n’avons plus le choix. Tu avais raison, la proie semble en grands préparatifs et nous ne pouvons pas permettre qu’elle se jette dans les bras de l’araignée. Préparez vous, mes enfants…» 

 
< Précédent   Suivant >
 
Advertisement
© 2010 Lonah website
Joomla! est un logiciel libre distribué sous licence GNU/GPL.