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‘Ceux qui offrent Des horloges délicieuses aux lèvres des aveugles Des regrets du jour passé aux matins des bourreaux Ceux là ne portent Que la mort.’ Profession de foi des sœurs. Les coups de feu enflammèrent l’espace autour de Jamel, sans que cela ne ralentisse un seul instant sa fuite. Encore possédé par la terreur, son esprit s’était figé dans la course, réduisant l’univers à une poursuite dont dépendait sa vie. Arrivant en bordure de la petite place, il vira brutalement dans l’une des ruelles qui s’offraient à lui et repartit de plus belle, son souffle haletant comme le seul bruit perceptible qui rythmait les mouvements de ses jambes d’une fatalité implacable. Chacun des deux coups de feu atteignit sa cible, et deux légionnaires tombèrent à terre dans l’indifférence de leurs camarades, occupés à ne pas perdre de vue leur proie. Toujours posté sur un des toits des immeubles qui bordaient la place, Juan lâcha un rire de satisfaction, rechargea son arme et se remit en position de tir. Chantonnant à voix basse, il aligna l’un après l’autre les deux légionnaires en tête de course et s’offrit un nouveau sourire pour chaque corps qui s’écrasait sur les pavés. Le petit voleur n’était plus poursuivi que par trois légionnaires, assez éloignés du reste des policiers qui s’étaient regroupés sur la petite place. « Ne reste plus qu’à immobiliser mon lapin…» Juan rechargea une dernière fois son fusil et s’appliqua à suivre les mouvements de Jamel. Il visa la jambe gauche avec soin malgré la distance grandissante et tira. Une lueur incertaine traversa le regard de Juan. Impossible. Il était sûr de l’avoir touché. Il aurait même juré avoir entendu le bruit de la balle qui pénétrait la chaire, ce malgré la distance qui les séparait. Mais d’une manière ou d’une autre, le petit voleur avait réussi à éviter le tir et continuait de courir comme si rien ne s’était passé. « Qu’est-ce que…» Juan aligna de nouveau Jamel en concentrant son regard sur sa cible. Il vit la balle s’échapper du canon et traverser la nuit à une vitesse folle en une droite parfaite. Il la vit pénétrer le dos de sa cible qui commença à chuter et… « Voilà autre chose. » Juan se releva doucement en regardant du coin de l’œil le petit voleur disparaître au loin dans les ombres. Inutile de lui re-tirer dessus. Pour ce qu’il avait pu voir, cela ne servirait à rien. Il se sortit un nouveau cigarillo qui rejoignit ses lèvres et éclaira son visage d’une flamme passagère. « Là, ça me dépasse. Voilà un lapin particulièrement doué pour se faire la malle. Mmm… Je ne vais pas trop me compliquer la vie, Paul saura quoi faire avec ça. » Il laissa son regard errer sur les toits en marmonnant : « Et Arthur qui disparaît dans mon dos, en plus de tout ce bazar... Bah. C’est un grand garçon, il retrouvera le chemin, et ça me laisse juste le temps d’aller dire bonjour à ceux là. » Remettant son fusil en bandoulière, l’espagnol descendit du toit et commença à s’approcher de la place où stationnaient encore une quinzaine de légionnaires et celui qui semblait être leur chef. Il se plaqua contre un mur et écouta les éclats de voix qui parvenaient jusqu’à lui. Il connaissait cette voix. Il la reconnut à la seconde où elle parvint distinctement jusqu’à ses oreilles. Impossible d’oublier ces accents rauques et brisés, même trente ans après. Au fur et à mesure que les mots traversaient l’espace pour parvenir jusqu’à Juan, il sentait sa respiration s’affûter jusqu’à devenir un sifflement mauvais et haineux. Il agrippa la crosse de son fusil d’une main glaciale et prit d’un pas lent la direction de la petite place. Arthur resta un temps interdit au milieu de la petite ruelle, visiblement déserte. Il la parcoura d’un pas rapide, scrutant l’espace sur son chemin sans savoir réellement ce qu’il cherchait. La femme qu’il avait aperçue depuis le toit avait disparu à son arrivée, et il parcourait maintenant la petite rue vide d’un pas incertain. Il ne l’avait pas vu s’enfuir dans une quelconque direction. Il avait croisé son regard et, un clignement d’œil plus tard, s’était retrouvé incapable de retrouver sa trace. La ruelle n’offrait pourtant aucun moyen rapide de fuite. Elle était bordée de deux murs de pierre taillée qui se prolongeaient sur une dizaine de mètres avant la première fenêtre. Un simple lampadaire offrait une lumière pauvre qui s’épuisait dans les creux des ombres. Le chevalier revint sur ses pas en gardant une main en contact de chaque mur, comme pour s’assurer de leur réalité. « J’aurais peut être du en parler à Juan avant de me ruer là. Je vais lui dire quoi, moi ?» Il chercha machinalement à l’intérieur de sa veste la fiole métallique qui ne le quittait jamais. Ce fut en baissant les yeux qu’il s’arrêta dans son mouvement. Curieux. Vraiment curieux. Ce n’était pas directement visible, mais, à bien y regarder, il lui semblait que la pénombre n’était pas immobile. Elle coulait le long de ses pieds, en silence, comme s’il s’était agit d’une encre noire et visqueuse. Il leva légèrement le pied et l’enfonça à nouveau, observant le phénomène avec perplexité. En se concentrant, il put discerner un mouvement de fond. Les ombres s’écoulaient depuis une source qu’il localisa comme étant un recoin totalement plongé dans le noir, là où le mur formait un angle cassant dans sa trajectoire. Alors qu’il se rapprochait, il distingua comme un frottement… Une respiration… une respiration rapide, qui s’accélérait à mesure qu’il avançait. Il n’eu pas le temps de réagir. La femme jaillit hors de la zone d’ombre et l’envoya d’une ruade voler à quelques mètres de distance avant de s’enfuir en courrant. Une humeur mauvaise s’empara d’Arthur alors que son crâne touchait le sol et qu’il atterrissait brutalement sur les pavés. Le temps qu’il se relève et qu’il s’apprête à prendre l’inconnue en chasse, l’humeur s’était muée en une rage aveugle. « Ce n’est pas un vivant ! » La pensée tournait en boucle dans le crâne de la novice alors qu’elle continuait de courir dans la ruelle. Elle tourna brutalement sur la droite à une intersection sans s’arrêter. Alors qu’elle avait tenté plusieurs fois de semer l’homme en changeant de direction, elle commença à deviner dans son dos le bruit d’une course. Il la rattrapait. Elle devait agir vite. L’homme devait être de la légion, et elle n’avait aucune envie de se faire prendre. L’image d’une captivité à la merci du dix-septième la fit frissonner de terreur alors qu’elle redoublait d’effort pour semer son poursuivant. Elle n’avait pas le droit d’échouer. Les consignes de Rebecca à ce sujet n’auraient pu être plus claires. Les pas se rapprochaient encore. Elle chassa de sa tête ces pensées et se concentra sur sa situation. L’homme la rattraperait tôt ou tard. Il lui restait une chance. Une dernière chance. Elle sortit de sa robe un petit sachet noir qu’elle ouvrit sans cesser de courir, et commença à murmurer quelques mots à voix basse. Une porte en bois au prochain virage… Arthur redoubla sa course, toujours ivre de colère. Il fixait sa proie qui se rapprochait à chaque foulée. Il ne se souvenait pas avoir couru aussi vite de toute sa vie, mais ne ressentit pas le besoin de s’interroger à ce sujet. La seule pensée qui l’animait, pour l’heure, était de mettre la main sur cette femme en robe blanche. Ce qui d’ailleurs n’allait pas tarder à arriver… Au détour d’un virage, il l’a vit s’engouffrer dans une maison par une porte de bois noir entrouverte. Il y plongea quelques secondes après elle. « Maintenant !» A l’instant où le chevalier avait franchi le seuil, la novice referma la porte derrière lui et esquissa un symbole particulier sur le bois, plongeant ses doigts dans le sachet noir rempli d’une poudre de couleur rouge-brun. Quand le symbole fut achevé, elle frappa la porte par trois fois. Une route nouvelle pour chaque pas, au sein d’un songe qui est ses propres murs. Le chant avait été murmuré d’une voix sèche, décisive. Au dernier mot, le symbole rouge sur la porte dessina plusieurs mouvements à l’image d’un serpent avant de se fondre dans le bois noir, ne laissant visible qu’une faible aspérité qui suivait dans sa forme le motif original. Incertaine, la sœur s’écarta vivement, peinant à retrouver son souffle. Elle avait au moins gagné un peu de temps. Elle saisit un morceau de miroir dans sa main gauche et le scruta avec attention. « Qu’est-ce que ?» A peine les mots étaient ils prononcés qu’ils furent étouffés par le vide. Il faisait noir, un noir impénétrable et très dense. Arthur tenta quelques pas à l’aveuglette, cherchant des mains un mur, une rampe d’escalier, quelque chose qui pourrait l’amarrer à la réalité. Rien. A chaque tentative, ses doigts se refermaient dans le vide. Plus inquiétant encore était le silence parfait qui baignait l’espace autour de lui. Il n’entendait plus le moindre bruit. La femme s’était sans doute cachée, attendant une erreur de sa part pour l’attaquer à nouveau. Il se prépara mentalement à un nouvel assaut et commença à marcher calmement dans une direction prise au hasard. Il sentait sa rage se dissiper dans l’obscurité. A mesure qu’il avançait, il commença à douter sérieusement de l’endroit où il se trouvait. Il marchait depuis quelques minutes dans le vide et aucun obstacle ne l’avait jusqu’ici arrêté. Un son lointain parvenait jusqu’à lui, sourd et oppressant. Ses pieds s’enfonçaient dans ce qu’il pensait être de la terre meuble, et le profil devenait de plus en plus irrégulier, déformé. Il se sentit gravir une colline pendant de longues minutes. Il devait être tombé dans une cave, probablement, mais une cave de cette taille… Sans le moindre obstacle… Il se concentra sur le bruit qu’il entendait au loin. Il distinguait des coups lourds, très assourdis et peut être même des cris. Le volume du bruit augmenta brutalement alors que la colline qu’il gravissait touchait à sa fin et qu’il pouvait distinguer une lueur de l’autre côté. Des cris. Des hurlements, même, il en était sûr. Une gigantesque explosion étouffa l’air un court instant. Il avançait sans réellement y croire, s’approchant d’un pas mécanique du spectacle qui s’offrait à lui. L’étendue de terre partait jusqu’à l’horizon, creusée en de nombreux endroits de trous et de flaques de boue comme autant de mutilations. Il connaissait ce lieu. Il le reconnaissait d’instinct. Il distingua au loin des coups de feu alors qu’il se rapprochait de la zone des combats. La terre se retourna sous l’impact d’un obus quelques mètres devant lui, le projetant à terre. Il se releva et courut jusqu’à un talus qui le protégerait un peu de l’enfer. Une balle lui frôla la joue alors qu’il se jetait à couvert jusqu’à l’abri de fortune qui lui tendait les bras. Il respirait lourdement. Ses mains fouillèrent machinalement ses poches à la recherche de la fiole dont l’alcool lui redonnerait un peu de contenance, sans succès. Il devait l’avoir perdu dans la course. Il cracha un juron qui fut englouti dans une nouvelle volée d’explosions. La novice détacha ses yeux du morceau de miroir qu’elle tenait à la main, et ainsi du spectacle d’Arthur perdu en plein champ de bataille. Elle ne s’attendait pas à une telle réaction de la part de l’homme qui la poursuivait. Le sortilège avait réveillé quelque chose d’endormi en lui et il y avait une raison à cela, une raison surprenante qui lui échappa des lèvres : « Cet homme a déjà été marqué…». Sa poitrine se gonfla d’un soupir de gratitude. Elle avait sans le vouloir éveillé de vieux démons dans le cœur de cet homme de la légion. De vieux démons placés là par une Sœur qu’elle ne connaissait pas mais qui lui avait rendue un service incroyable. Elle jeta un nouvel œil sur le miroir. Arthur s’était recroquevillé contre un tas de boue, toujours prisonnier de son cauchemar. Elle se surprit à étudier ses traits. Il était d’allure plaisante, assez jeune. Elle avait du mal à croire qu’il puisse s’agir d’un légionnaire. Arthur se crut mort une fois de plus quand une déflagration détruisit la moitié du tas de terre qui lui servait d’abri. Il se releva d’un air hébété, recouvert de terre de la tête aux pieds. Une voix à sa gauche : « Mon lieutenant ! Mon lieutenant !» Le chevalier tourna lentement la tête. Le soldat qui était assis à quelques mètres de lui n’était pas là auparavant. Il essaya de se souvenir de son nom… Blaise. Il s’appelait Blaise. Arthur se rappelait avoir plusieurs fois trinqué avec lui du temps de la guerre. Le soldat semblait être ravi de le trouver là et lui souriait à pleine dents : « Content de vous voir là mon lieutenant. Mais vous ne devriez pas prendre tout ça trop au sérieux, vous savez.» Arthur se rapprocha de l’homme qui ne portait en effet aucun intérêt aux tirs autour de lui. « C’est un rêve ? - Ca, mon lieutenant, c’est pas à moi de vous répondre, vous êtes encore le mieux placé pour savoir ça, non ? Mais en passant, ça me fait rudement plaisir de vous revoir un peu, mon lieutenant, depuis le jour où vous êtes disparu au front en abattant l’autre ordure, là, le capitaine… Même si ça ne va pas durer, je me dis, c’est une bonne occasion de vous donner le bonjour.» Une explosion se produisit à l’emplacement exact où se trouvait Blaise. Arthur recula sous le choc, plissa les yeux et retint une exclamation quand il vit que le soldat n’avait pas bougé d’un pouce sous le choc. « Donc c’est un rêve… - Plus que ça. C’est votre rêve, mon lieutenant. Cette sacrée bonne femme qui vous a foutu dans ce pétrin, si vous voulez mon avis. Mais je me suis dit que je pourrais p’tet vous donner un coup de pouce. Tenez, c’est à vous, ça.» Arthur saisit la fiole métallique que lui tendait le soldat Blaise et l’examina sans y croire. C’était bien la sienne. Il en but quelques gorgées, un vieux whisky qui claqua sous sa langue. Il en proposa à Blaise qui refusa d’un sourire : « Pas pour moi, mon lieutenant, je vous remercie. Je n’ai pas le droit d’en boire. - Pas le droit ? - C’est votre rêve, mais ce n’est pas vous qui en dictez les règles. Vous ne comprenez donc pas ?» Arthur commençait juste à comprendre. Ou plutôt que de comprendre, il commençait à ressentir cet endroit comme lui appartenant de droit. La femme qui l’avait envoyé dans cet enfer s’était moquée de lui. La colère revenait goutte à goutte, une colère plus froide, plus réfléchie. Il but à nouveau. Les explosions avaient cessé, et des tâches rouges étaient apparues ici et là à fleur de terre. Il en ramassa une à ses pieds. Une rose rouge. Ces roses étaient importantes, pour lui. Il ne savait pas pourquoi mais il ressentait qu’elles étaient quelque chose qui, en un sens, contenait sa vie. Il la porta à ses lèvres et l’embrassa, les yeux clos. Blaise applaudit dans son dos : « Je vous sens déjà mieux, mon lieutenant, ça fait plaisir. Elles sont vraiment belles, ces fleurs, vous savez ? » Il ne l’entendit qu’à moitié. Son âme s’emplissait de l’odeur de la rose et prenait une nouvelle forme. Il posa la main sur sa ceinture et y trouva son sabre, accroché comme s’il avait toujours été là. « Cette femme s’est payé ma tête, non ? - On peut dire ça, mon lieutenant, on peut dire ça. Mais avec toutes ces belles roses que vous avez là, je pense qu’elle va avoir une sorte de surprise. - Une surprise… Oui…» Arthur sentait le monde autour de lui s’effriter dans la nuit. « Je ne pourrai pas vous suivre là où vous allez, mon lieutenant, mais ça m’a fait chaud au cœur de vous revoir. J’espère à bientôt. - A très bientôt, Blaise. Prends soin de toi.» « Mais qui est l’autre soldat ?». La novice avait pu observer la rencontre entre Arthur et Blaise sans pouvoir deviner ce qu’ils avaient pu se dire. Le songe lui échappait, elle commençait à se sentir mal à l’aise. La peur était revenue comme une pointe au cœur qui grossissait et l’oppressait de plus en plus. Elle allait devoir s’enfuir, elle ne pouvait pas rester là à attendre qu’il s’échappe et… Ses pensées moururent sans qu’elle en soit consciente. Une odeur avait enveloppée son âme et la tenait maintenant à sa merci. Elle lâcha inconsciemment le morceau de miroir qu’elle tenait à la main et s’adossa contre le mur. Elle se sentait bien, très bien. Alors qu’elle baissait les yeux, elle eut la surprise de voir que des roses rouges étaient apparues entre les pavés, des fleurs superbes et odorantes qui tranchaient l’obscurité de leur couleur. Alors qu’elle se pencha lentement en avant pour en cueillir une, un choc la souleva et la plaqua contre le mur, son corps traversé d’une douleur immonde. Quand elle pu rouvrir les yeux, elle vit que le sabre avait pénétré sa chair et transperçait son ventre. Une tâche rouge grandissait à vue d’œil autour de la lame qui brillait étrangement. Elle eu un sursaut et cracha beaucoup de sang. Quand enfin, elle pu relever la tête et malgré les tremblements faire face à son agresseur, ses yeux s’agrandirent sur le spectacle qui s’offrait à elle. L’homme se tenait droit, ses yeux glacés plantés dans l’âme de la novice, un sourire mauvais qui lui tordait le visage : « Tu vois que quand tu veux, tu peux te tenir tranquille. J’ai beaucoup de questions à te poser, tu sais, tu es la première sœur que je rencontre à Venise.» D’un coup, la novice comprit qui était l’homme en face d’elle. Prise de panique, elle tenta de se dégager mais son corps refusa de répondre et se brisa sous l’effort. Elle articula péniblement d’une voix brisée : « Chevalier... - Pour vous servir, ma demoiselle.» Arthur conclut sa réplique d’une révérence grotesque. Elle cracha à nouveau du sang, sentant sa vie filer entre ses doigts. Il lui restait une chance. Rebecca devait absolument être prévenue. Elle commença à fixer le miroir tombé à terre et pria pour que ses sœurs entendent son appel. Arthur se rapprocha, titubant légèrement. Le miroir changea de teinte. La novice discerna l’image du grenier où se trouvaient ses camarades. Elle n’aurait pas deux occasions de s’enfuir. La prière lui brûla les lèvres malgré le sang qui lui baignait la gorge. Arthur recula quand le morceau de miroir explosa, envoyant ses fragments se perdre aux quatre coins de la rue. La femme avait disparu sous ses yeux. Il considéra le sang sur son sabre d’un œil distant, puis en nettoya la lame d’une main paresseuse. Il était seul, maintenant. Il ignorait ce qui s’était réellement passé, mais avait au moins pu s’assurer du bien fondé de la pulsion qui l’avait fait abandonner son ami. La femme qu’il avait eut à sa merci avait une beauté, une présence qui lui rappelait Maria, la belle Maria qu’il avait aimé éperdument et pour qui il avait tout sacrifié. Un frisson lui traversa le dos. En reprenant le chemin qui le ramènerait auprès de Juan, Arthur se surprit à se demander dans quelle mesure sa vie lui avait été volée. Et surtout, par qui. Il commençait à deviner une réponse qui ne lui plaisait pas du tout. Il devinait aussi que Juan et Paul lui avaient caché quelque chose d’important. Il mâcha cette idée avec amertume en s’enfonçant dans l’obscurité.
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