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‘Le vide est un animal Une bête patiente et délicate, dévorée d’une sauvagerie sans limite. Nous lui offrons nos proies avec joie.’ Chant des Sœurs David cligna des yeux plusieurs fois, se protégeant maladroitement des rayons de soleil qui pénétraient son salon et ricochaient sur le parquet. Il devait s’être endormi, il ne se souvenait pas avoir vu le jour naître et pénétrer chez lui. Une douleur sourde parcouru son dos alors qu’il tentait de se redresser, le renvoyant pour un avenir proche dans le fauteuil en cuir qu’il n’avait pas quitté de la nuit. Son salon baignait dans un silence irréel, à peine troublé par une autre respiration que la sienne. Elle dormait encore. Il passa une main endolorie sur ses paupières lourdes avant d’oser enfin la regarder. Elle était toujours plongée dans son sommeil, recroquevillée comme un animal fragile dans le canapé noir sur lequel il l’avait laissé s’endormir la veille. Le drap emmêlé recouvrait la moitié de son corps dont la peau nue attirait la lumière. Son bras flottait dans le vide comme si elle avait cherché à un moment à saisir quelque chose, sans succès. Des images de la nuit brillèrent sous les paupières de David. Il avait veillé immobile, installé dans ce siège à quelque pas de la jeune femme, à la regarder dormir paisiblement, son corps caressé de temps à autres par des lueurs qui étaient nées au loin dans la rue et avaient traversé l’espace pour parvenir jusqu’à elle. Le jeune carabinier tenta d’assembler les différents éclats qui remontaient dans sa mémoire en un souvenir unique, sans succès. Les murmures des démons qui l’avaient tourmenté cette nuit étaient toujours là. Il ne pouvait définitivement pas rester ainsi à la regarder comme un idiot patenté. Il l’emmènerait aujourd’hui même au commissariat et la confierait à des collègues qui s’occuperaient d’elle et le libèrerait de cette charge. Mais elle ne voulait pas qu’il prévienne la police, c’était même la seule chose qu’elle avait réussi à lui dire hier soir quand il l’avait découverte blessée sur son palier. Elle ne pouvait pas deviner qu’il était lui-même un carabinier… Un mouvement. Ses pensées moururent subitement. Elle dormait encore, elle venait juste de se retourner, ramenant son bras nu au dessus de son visage. La plaie était encore visible. Ceux qui avaient fait ça… La colère souleva l’âme de David. Elle avait eu raison de venir devant chez lui. En un sens, elle l’avait choisi. Il trouverait les coupables et s’occuperait d’eux d’une manière définitive. C’était sa ville, il en était un des gardiens, et les rues abritaient les vermines qui s’étaient attaqué à elle. Il lui prouverait qu’elle avait tord de ne pas faire confiance à la police, il retrouverait les agresseurs et les amènerait à genoux expier leurs fautes devant leur victime… Quelques bruits se firent entendre, un passant. Il se souvint que le jour était là, maintenant. Il avait du répéter ces pensées des milliers de fois durant la nuit, écoutant religieusement la respiration de la jeune femme sans oser commettre le moindre bruit. Il se leva avec mille précautions, et risqua quelques pas qui firent craquer le plancher et semblèrent réveiller la jeune femme. Sa respiration se brisa, ses lèvres s’entrouvrirent alors qu’elle se soulevait avec peine. Elle ouvrit finalement les yeux. David se sentit dévoré par son regard. Son esprit blanchît immédiatement, le rendant incapable de parler ou de bouger. Quand elle sembla enfin l’apercevoir, elle esquissa un sourire d’enfant, comme si la présence de son hôte suffisait pour la rassurer complètement. Elle se laissa regagner par le sommeil et se rendormit, l’écho du sourire toujours sur les lèvres. Il fallut à David de longues secondes pour oser reprendre son mouvement. Il atteint la petite cuisine attenante à son salon et commença à fouiller ses placards à la recherche de café. Elle aurait faim à son réveil, aussi. Alors qu’il préparait consciencieusement un petit déjeuner pour son invité, il se sentit gagner par un sentiment qu’il n’avait jamais rencontré auparavant. Chacun de ses gestes lui semblait prendre une importance incroyable. Il la protègerait. Elle était venue jusqu’à lui. Il serait digne de sa confiance, il n’allait pas l’emmener aujourd’hui même au commissariat, elle venait sans doute déjà de vivre des moments difficiles. Il lui laisserait du temps. Quelques jours où elle partagerait sa vie, le temps d’aller mieux. David se versa une tasse de café. Il ne se souvenait pas avoir été aussi fatigué de sa vie. Il n’avait pas du dormir plus de deux ou trois heures pendant la nuit et pourtant, il se sentait étrangement bien. Il se sentait vivant.
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